Pêcheurs résistants – Les passages de juifs par le lac Léman

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La Haute-Savoie pendant la Seconde Guerre mondiale

À l’Armistice de juin 1940, la Haute-Savoie appartient à la zone dite « libre », administrée par Vichy. En novembre 1942, elle passe sous occupation italienne, puis sous occupation allemande à partir de septembre 1943 jusqu’à la Libération en août 1944.

La façade lémanique constitue alors un espace stratégique majeur : elle présente une fenêtre ouverte sur la Suisse neutre. À partir de l’été 1942, les rafles visant les juifs se multiplient en France. Pour échapper à l’internement et à la déportation, beaucoup cherchent refuge en Suisse. Thonon devient une ville-étape essentielle, où convergent des réfugiés venus de tout le pays avant de tenter la traversée clandestine du Léman.

Les pêcheurs-passeurs

Pour franchir le lac, les fugitifs sollicitent les pêcheurs professionnels, seuls à posséder des barques et une bonne connaissance du lac. Souvent proches du parti communiste ou engagés dans la Résistance, ces pêcheurs acceptent de devenir passeurs, en prenant de grands risques.

Les départs ont lieu depuis Thonon et Évian, mais aussi depuis plusieurs villages riverains comme Yvoire, Amphion, Lugrin, Meillerie ou Saint-Gingolph. La chercheuse Ruth Fivaz-Silbermann a recensé 110 traversées ayant permis à environ 400 juifs de gagner la Suisse, auxquels s’ajoutent près de 50 résistants ou réfractaires au Service du Travail Obligatoire

La traversée et ses conséquences

L’accueil en Suisse reste strict : sur les 400 juifs ayant traversé le lac, 375 sont accueillis, 25 sont refoulés et une personne, Hildegard Landau, allemande et juive, est refoulée, déportée puis gazée à Auschwitz.

Les passeurs, arrêtés en Suisse, risquent plusieurs mois de prison, de lourdes amendes et la confiscation de leur bateau. Rendus ensuite aux autorités françaises, ils encourent parfois une nouvelle peine. En septembre 1942, une traversée organisée par Léon et Noël Moille tourne au drame : un douanier suisse tue le jeune Léon, prétextant un geste agressif. Soixante ans plus tard, le Parlement suisse réhabilite officiellement ces pêcheurs-passeurs, dont beaucoup restent anonymes.

Le passage de Pierre Mendès France

Le 2 août 1941, alors recherché après son évasion de la prison de Clermont-Ferrand, Pierre Mendès France traverse clandestinement le Léman grâce aux pêcheurs Louis Duchêne et Antoine Lugrin, à bord de la barque « L’Oncle Paul », partant du port des pêcheurs de Rives pour Allaman, commune suisse en face de Thonon.

Pierre Mendès France devient en 1954 président du Conseil de la IVe République.

Pour aller plus loin…

Rendez-vous sur le site lespecheurspasseursduleman.fr