
Il était une fois Thonon-les-Bains...
Le néolithiqueLes travaux de construction du port de Rives au 19ème siècle ont démontré
l'existence de deux stations lacustres attestant d'une occupation sur ce site dès le néolithique.
Cela est confirmé par les fouilles archéologiques préventives effectuées dans le cadre des travaux du contournement de Thonon. Les archéologues ont mis au jour, sur le site du Genevray, la plus vaste nécropole du néolithique moyen connue à l'heure actuelle en France. Elle comporte plus de 150 tombes datées pour la plupart entre 4500 et 3300 avant J.C.
Epoque gallo-romaineUn village (vicus) s'implanta sur le plateau, c'était une station d'étape de la voie de Genève à Saint Maurice. Ce « vicus » connut dès le Ier siècle après JC un développement important, il devint à la fois un lieu de production d'objets manufacturés, un marché et un centre agricole. Cinq villas (grandes fermes) s'installèrent à sa périphérie, elles ont constitué les hameaux de Concise, de Marclaz, de Ripaille, de Tully et de Vongy, aujourd'hui englobés dans la ville.
Epoque médiévaleLes Burgondes puis les Mérovingiens s'établirent sur l'emplacement du vicus gallo romain.
Au XIIIème siècle l'octroi de franchises par les Comtes de Savoie au bourg favorisa un essor démographique sensible et un développement économique lié à des marchés importants ainsi qu'à une foire annuelle.
La ville s'agrandit au nord par la construction du quartier de Rives au plan en damier.
Ce développement ainsi que la position stratégique de la ville contraignirent Amédée V à entreprendre de gros travaux de fortification, notamment la construction d'une maison forte qui fut agrandie par la suite et devint château au XIVème siècle. Ce premier bâtiment perdit de son importance avec la fin des hostilités entre Dauphinois et Savoyards et son entretien fut négligé. C'est en 1413 lors d'un séjour à Thonon que Marie de Bourgogne épouse de Amédée VIII décida de construire un nouveau château plus grand et plus confortable.
Thonon devint la résidence principale de la Maison de Savoie et le resta pendant la plus grande partie du XVème siècle. Ce qui contribua à en faire un bourg peuplé et actif dont l'expansion était remarquable.
Les successeur de Amédée VIII n'eurent pas son envergure et se montrèrent incapables de résoudre les redoutables problèmes posés au pays. Thonon fut la première ville à en subir le contrecoup et connut un rapide déclin.
Le XVIème siècleAu cours du règne de Charles III le Bon (1504-1533) les troupes de François Ier envahirent la Savoie et les Bernois occupèrent le Chablais. Ils installèrent le siège du bailliage à Thonon, la ville conservait donc son rôle de centre administratif. Les Bernois la dotèrent de la première maison de ville.
Les troupe bernoises quittèrent le Chablais en 1567 mais la guerre éclata de nouveau entre la Savoie et Genève. Les Genevois occupèrent la ville à plusieurs reprise et c'est durant cette période que le château fut démantelé.
En 1598 la paix de Vervins rendit le Chablais au Duc de Savoie.
Le culte catholique ayant été interdit par les Bernois partisans de la Réforme, François de Sales, prévôt du Chapitre de la cathédrale de Genève - Annecy, futur prélat du diocèse, fut chargé par son évêque et par le duc de Savoie de convertir le Chablais.
Le XVIIème siècleVille de 2500 habitants, Thonon connut un développement urbain important lié à l'implantation de nombreux monastères à la périphérie de l'enceinte médiévale (Visitandine, Ursulines, Annonciades, Capucins, Barnabites, et Minimes) et à la présence du marquis Albert Eugène de Lullin.
La cité demeurait le centre administratif du Chablais avec une noblesse brillante et une bourgeoisie active, elle comptait aussi de nombreux artisans. Tout cela lui donnait un caractère de métropole régionale.
Le XVIIIème siècleMalgré l'augmentation de la population (3000 hab. en 1789) la ville conservait la structure urbaine que lui avait léguée le XVIIème siècle.
L'absence d'industrie était compensée par un artisanat varié occupant une quarantaine d'échoppes. Le bourg de Rives était un des secteur actifs de la ville avec son chantier naval et ses pêcheurs.
L'activité commerciale n'était pas négligeable mais le ville souffrait de son isolement, du mauvais état des chemins. Seul le lac Léman offrait une voie de communication facile, par beau temps, avec la rive suisse.
A la veille de la Révolution, Thonon restait une petite ville ayant gardé, sans le coté brillant dû à la présence de la cour, l'aspect de son passé médiéval. Vie municipale et activité économique animaient le centre urbain, entouré de quelques hôtels de la noblesse locale puis des nombreux couvents des communautés religieuses. Au-delà ponctuée par les hameaux groupés autour de leur chapelle c'était la campagne soigneusement cultivée avec une forte prédominance de la vigne.
La Révolution et l'EmpireLes idées libérales venues de France séduisirent une partie de la noblesse tandis que la jeunesse, tout acquise à l'esprit nouveau ressentait avec irritation à la fois l'éloignement d'un pouvoir sarde de plus en plus centralisé et autoritaire et le peu de part laissé aux savoyards dans la conduite de leurs affaires et l'orientation de leur destin. L'opinion publique était donc mûre pour accueillir les événements qui vont venir de France et bouleverser la vie paisible de Thonon.
La Révolution a surtout été marquée par l'action des représentants du peuple en mission dont Albitte, célèbre pour avoir ordonné la destruction des clochers de la ville.
Cette période s'acheva dans des conditions climatiques et économiques difficiles. Sous l'Empire, le Chablais vécut une dizaine d'année de calme et s'intégra à la vie publique française, Thonon devint sous-préfecture du département du Léman.
Les conditions économiques s'améliorèrent mais les dernières années du règne de Napoléon Ier furent des années sombres. La campagne de France (1813-1814) provoqua l'occupation autrichienne. Les troupes sardes et alliées se succédèrent lors des Cent Jours. Le retour du pays à la couronne de Sardaigne, en 1815 se fit dans le soulagement, tant la conscription, les réquisitions d'hommes, de vivres, de matériel, puis l'invasion et l'occupation avaient démoralisé la population.
Entre la Restauration et l'AnnexionJusqu'en 1860, Thonon resta un gros bourg rural même si son rôle de centre administratif etait renforcé par la création des organes nécessaires à l'administration de la circonscription installés dans la ville par les différents régimes. Cela soutenait l'activité commerciale mais son développement était freiné par des problèmes de communication récurrents entre les hautes vallées et la ville.
Politiquement la Savoie se détacha peu à peu du Royaume de Piémont Sardaigne, de plus en plus "italianisé". Un courant militait pour le rattachement à la France alors qu'un autre, représenté par les provinces septentrionales, était favorable à l'incorporation à la Suisse. Toutefois la population s'opposait à tout démembrement et le 24 mars 1860 Napoléon III et Cavour signèrent le traité de Turin marquant l'Annexion de la Savoie à la France. Quelques minorités continuèrent à souhaiter le rattachement de la Savoie du Nord à la Suisse et provoquèrent des incidents, notamment à Thonon.
De l'Annexion à 1914L'Annexion confirma le rôle de Thonon comme capitale administrative du Chablais et lui permit de réaliser les grands travaux qui lui avaient manqué pendant les décennies précédentes (port de Rives, Sous-Préfecture, gendarmerie, route de Bioge, voie ferrée, gare de chemin de fer, captage des eaux de la Versoie, établissement thermal, funiculaire, grands hôtels). L'empire fut à l'origine d'un renouveau qui stimula l'économie et donna à l'activité touristique un essor qui culmina à la veille de la Première guerre mondiale.
A cette période la population avait aussi augmenté dans des proportions assez notables : de 5 080 habitants en 1861 à 7 232 en 1911.
Après 1914L'après guerre impulsa un élan de vitalité exceptionnel à la ville puisque de 8 042 habitants en 1921 elle atteint 12 183 en 1936.
Plusieurs facteurs expliquent cela : l'expansion du tourisme en particulier dans les domaines du thermal et des excursions ; le développement commercial dû à l'amélioration des voies de communication notamment vers la montagne et la suppression de la grande zone ; la création de quelques industries telle la papeterie Zig Zag qui employait près de 650 salariés en 1938.
Cette croissance a aussi transformé l'espace urbain par la création d'un nouveau quartier (square Aristide Briand en 1931) et de nouvelles voies (rues Pasteur, des Vieux Thononais et du 30ème de ligne en 1931 ; avenue Jules Ferry et boulevard de Savoie en 1933), la construction d'équipements tels l'école hôtelière en 1936 ou le groupe scolaire des Suets en 1938 mais aussi par la prolifération et la dispersion des maisons individuelles le long des principales voies de circulation.
Pendant la deuxième guerre mondiale l'occupation allemande fut très durement ressentie à Thonon où la Gestapo et la milice se livrèrent à de nombreuses atrocités notamment dans les locaux de l'hôtel Savoie Léman. La ville se libéra par ses propres moyens le 17 août 1944 au terme de deux jours de combats faisant 14 morts. Elle fut décorée pour cela de la Croix de Guerre avec étoile d'argent.
De ces événements découla un climat de ferveur et d'unanimité qui permit très vite la conception et la réalisation de grands projets. Ils allaient énormément agrandir et transformer la ville tout en lui conservant son caractère propre et sa physionomie traditionnelle.
Le véritable essor industriel de Thonon se produisit à partir de 1954 par la création d'entreprises sur le site de la nouvelle zone industrielle de 30 hectares installée près de Vongy.
Dans le même temps de grands travaux d'urbanisme et d'équipements collectifs étaient entrepris.
Dès 1950 la ville s'ouvrit sur le lac par la création des belvédères, viendront ensuite une nouvelle plage municipale aménagée près de Ripaille, un nouvel établissement thermal, une MJC, une maison des sports, la maison de la culture, un nouvel hôpital...
En 1965 le projet de rénovation urbaine prend corps. Sa conception a été confiée à l'architecte Maurice Novarina.
Les vieux quartiers qui entouraient le couvent de la Visitation furent détruits laissant la place à une ville nouvelle.
Ces grands changements et ce dynamisme jetèrent les bases de la ville que nous connaissons de nos jours.